L'Idéaliste - 22.5.2002

Partager plus qu'un loyer

Recherche coloc désespérement


Longtemps cantonnées à la partie congrue des annonces, les offres de colocation fleurissent sur le net. A travers leurs libellés, on devine qu’au-delà de l’aspect matériel, c’est aussi une expérience de vie qui est proposée. Partager, découvrir et s’apprivoiser entre quatre murs, c’est aujourd’hui une aventure intérieure au sein des villes à la solitude reine.

En matière de colocation, la psyché commune se façonne sur deux piliers, l’un cinématographique, l’autre télévisuel. D’un  côté, une expérience banale qui tourne au cauchemar gore, filmée par Barbet Schroeder, Jf partagerait appartement ; de l’autre, la partouze amicale sans fin d’un sextuor new-yorkais, Friends, attention, cette fois, prière de rire.

La réalité est plus crue. Le cas du film, prétexte à l’angoisse et versant négatif du partage des murs, se mue dans la pratique en simple cohabitation, là où de la colocation s’échappent les relents d’un esprit communautaire. « La cohabitation, souligne Aurélia, une jeune maman graphiste de 33 ans, c’est clairement l’exemple londonien, un pur arrangement financier permettant de partager de plus vastes appartements dans une capitale au marché immobilier onéreux. C’est avant tout utilitaire. » On est définitivement plus proche de la prophylaxie que de la partouze. Aurélia a ainsi vécu dans un appartement de quatre pièces desservies par un unique couloir frontière. Seul point de rendez-vous - possible -,  la cuisine.

Petits arrangements entre amis

La colocation reste donc avant tout, dans un grand centre urbain, un moyen de se loger plus que décemment avec à la clé, plus d’espace pour autant d’argent.

Traiter directement avec un colocataire hébergeant, dont vous êtes solidaire, c’est éviter le parcours du combattant de l’annonce classée ; promis à fournir fiches de paie affichant trois fois le prix du loyer, attestation de l’employeur et trois mois et demi  de caution. Et toi le jeune tu apporteras la caution de tes parents. A la FNAIM, un syndicat regroupant des professionnels, on ne s’est pas penché sur ce phénomène, « bien incapable de le quantifier » Aurélia, toujours graphiste, a, elle, pu se loger à une époque révolue de revenus aléatoires, de précarité et de sécheresse financière. Des circonstances provisoires, plus exceptionnelles, peuvent aussi amener à la colocation. Ainsi, récemment séparée, Patricia, 35 ans, n’a pas voulu infliger une autre rupture trop brutale à ses enfants. Elle a donc choisi un colocataire pour pouvoir garder son appartement et « préserver l’environnement de ses enfants » avant, un jour, de déménager. Patricia, qui a souvent hébergé des amis quelques mois, «  pour dépanner », attend plus qu’une cohabitation, pourquoi pas un véritable échange ? Une vie commune comme expérience.

Le naturel au galop

Chez les simples « cohabitants », des roulements de tâches pour régler l’entretien des parties communes. Pour le reste chacun chez soi. Pour les autres, les curieux qui veulent tenter la rencontre avec l’autre, les choses se mettent en place plus en douceur. On privilégie le naturel. « La liberté totale permet de trancher. Je préfère un équilibre qui s’instaure naturellement »  justifie Aurélia, guettant l’affinité même si elle ne se retrouve pas dans l’esprit Friends, plus castrateur et envahissant qu’hilarant.

David, un étudiant de 26 ans qui partage un appartement de quatre vingt dix mètres carrés à Paris, cherchait l’aventure du partage : « Je suis habitué à voir des gens, à être entouré, la perspective de vivre seul ne m’emballait pas trop. J’ai décidé de tenter le coup l’année dernière avec deux potes de mon école et puis une fille nous a rejoint. ». Une fille, déjà frottée à la colocation, qui les a un peu cadrés. « Les roulements et un minimum de règle sont indispensables à quatre, relativise David, on a aussi une liste de courses communes et une caisse, elle aussi commune, pour les financer.»

Dans cette configuration, entre amis, la colocation dévoile des individus plus authentiques, le quotidien partagé permet également d’aller à la rencontre de soi. Se forge ainsi une kyrielle de petits souvenirs, des bruits indiscrets qui agacent aux bouffes arrosées de vin et de rires. Un exercice de liberté en commun, entre quatre murs, pour pouvoir apprendre, comme le souligne David, « à prendre sur soi, respecter et se faire respecter ». On a vu pire comme école de citoyenneté.

Quelques sites

www.colocation.fr
www.coloc.fr
www.kel-koloc.com


Frédéric Larochelle


  

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